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  • La Sénonaise

Mes humeurs #1 : Un été sans restaurant...

Dernière mise à jour : 9 oct. 2020

Texte & photo : Axelle DROT / Ces œuvres sont protégées par les droits d'auteur donc laisse tomber.

Lundi, printemps, soleil, marché.

C'est le début d'une nouvelle semaine, la perspective de tas de choses à accomplir et les obligations sérieuses qui obligent à patienter dans une file d'attente qui se désengorge difficilement.

Nous entamons la deuxième semaine de déconfinement après la crise sanitaire du coronavirus (une précision qui vous paraît lourde aujourd'hui mais ce sera déjà loin si vous lisez ça en 2021). Visiblement, les masques ne servent qu'à rassurer nos aînés et quelques femmes enceintes, la majorité active les ayant abandonnés : "à quoi ça sert dans la rue ?". En attendant, après la pénurie de papier toilette et de pain de mie (bien sûr que c'est essentiel à la survie humaine), voici celle des élastiques. Pour les coudre sur des masques qui ne sont pas portés. Voilà, voilà.

J'attends donc à La Poste. Devant moi, les distances de sécurité ont aussi été balayées (c'est à considérer comme une sorte de lot). Je suis à un bon mètre de celle qui me précède : j'initie, non sans fierté, le retour d'un des gestes barrières et ceux qui me suivent se tiennent à bonne distance. Je n'en ai tiré aucune gloire, "je ne suis pas comme ça" (pas comment ? Je ne sais pas, l'expression fait bien).

Dans un argumentaire brillant, ma voisine se retourne pour partager son interrogation quant à la fermeture de bureau de poste dans sa commune de taille honorable et la réouverture en parallèle des piscines ! Elle rappelle à mon souvenir celui qui affirmait que "comparaison n'est pas raison"...

Le temps passe, les gens aussi. Je finis en pôle position de la file d'attente qui, contrairement à ce que l'on peut croire quand on y est extérieur, est la pire place : tu es le premier des derniers.

Quand soudain, semblant...pas grand-chose - à vrai dire, le vigile chargé officiellement de désengorger la file et de garantir les distances de sécurité - outre le fait de prendre de l'avance sur ses vacances - me pointe du doigt, accompagné d'un regard sévère et me fait signe d'approcher. Pas un mot ni un signe de courtoisie, j'ai eu le sentiment d'être un bagnard. Mon masque cachait ma moue, je l'accompagne d'un geste de la main qui veut dire "bof, bof", vous voyez. L'érudit me répond "Quoi ?" hébété et ç'a été mon moteur : "vous me faites signe d'entrer, sans un bonjour, sans un mot, je suis pas une bête. Si vous voulez vous occupez du bétail, allez à la campagne mais restez pas à La Poste". Je suis une fille de principe.

Bref, mes obligations sérieuses honorées, soulagée d'une certaine tension, je prends le chemin du retour le nez au vent.

C'est là que j'ai croisé le philosophe. En famille, les courses au bout des bras, avant de traverser la rue, sa pensée m'est venue aux oreilles : "un été sans restaurant, ça va pas être possible...". J'ai ris.

La France a été confinée pendant deux mois, nos soignants en sortent éreintés physiquement, psychiquement, des gens sont morts, d'autres encore affaiblis, l'épidémie régresse grâce au professionnalisme des uns et du civisme des autres. A moins d'être directement concerné, les priorités intimes influencent étonnamment les analyses de chacun.

Personnellement, je préfère aller au restaurant vivante.

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