Rechercher
  • La Sénonaise

Mes humeurs #2 : Monsieur

Dernière mise à jour : 9 oct. 2020

Texte : Axelle DROT / Cette œuvre est protégée par les droits d'auteur donc laisse tomber.

C'était dans un autre monde, c'était une autre vie. Je n'avais rien à y foutre et pourtant j'y étais. C'est bien loin de moi maintenant mais, votre départ, Monsieur, m'y a ramenée immédiatement. Pour mieux me rappeler comme ils avaient tord, les moralisateurs prétentieux. Oui, ils avaient tord : il y a la liberté d'aimer ou de ne pas aimer un artiste, et de le dire, mais il y a aussi la liberté de trouver que, dans ceux-là, il y a des cons. Je n'avais pas de prétention à endosser une robe d'avocate pour venir à votre secours alors j'ai d'abord écouté et je vous imaginais, attentif, aiguiser votre répartie. Vous n'aviez nullement besoin d'un bouclier, aussi jeune et inexpérimenté que moi, mais je ne pouvais décemment pas laisser dire ce qu'ils vomissaient sans gêne.

C'était dans un autre monde, c'était mon autre vie. J'errais dans une formation en documentaire où je n'avais rien à faire. J'apprenais d'abord le documentaire sonore, soit. Puis j'étais avec un binôme absent et, de ce fait, en demi-binôme. Dans l'espèce de cabine sombre, l'exercice était de choisir, parmi plusieurs, un artiste et de sélectionner dans son dossier, des extraits d'interviews dans les fichiers de Radio France et constituer ainsi un portrait. Un acte manqué m'a fait raté la séance du choix par binôme, j'ai donc dû faire avec ce qui restait. En demi-binôme, je vous ai choisi. Parce que je vous connaissais, parce que je vous appréciais et pourquoi pas. Dans mon souvenir, j'ai pris l'angle des femmes de votre vie, votre façon de les évoquer, de vous en rappeler...

Je prenais une pause à l'air libre et des "camarades" (je n'ai pas de plus gros guillemets à ma disposition) me demandent mon choix d'artiste, je réponds, l'une rit jaune :

"- Ca va, tu tiens le coup ?"

Moi non plus, je ne comprends pas.

"- Le macho de service qui traite les femmes de salopes, tu dois t'éclater".

Ah. Nous en étions là. J'en étais là. Je tournais en rond dans une formation où je m'étais perdue, entourée d'esprits torturés entre la création artistique et la psychanalyse de groupe et j'ouvre enfin les yeux sur le consensus hypocrite, la classe d'étudiants où j'étais tombée. Je tergiversais sur mon avenir au contact de bien-pensants nouvelle génération, les 2.0 des bonnes mœurs. J'étais triste, j'étais fragile, j'étais là pour me rassurer, parce qu'il faut une formation solide pour réussir dans la vie, pour suivre mon copain qui allait me lâcher lâchement et j'étais tellement mal dans ma vie. Cette réflexion débile m'a ouvert les yeux et a participé à mon salut. Je devais me barrer de là, la greffe ne prenait pas, il y avait trop de cons autour de moi.

"- Tu n'as visiblement pas compris son sketch ; ni les autres, à tous les coups. Ça s'appelle de l'ironie. Une caricature des pauvres types à la libido mal placée. Des mal baisés, des mauvais baiseurs."

Bref, j'étais en train d'expliquer l'humour.

L'humour, si on l'explique, c'est comme dévoiler un tour de magie, on trahit son âme. La magie de l'humoriste, c'est de surprendre, de mettre en scène ses observations.

Dénué de sens de l'ironie et de subtilité, cela a dû donner des documentaires (sonores, visuels, en carton ou tout ce qu'on veut) absolument captivants... - c'est ironique, je préfère préciser pour ceux qui...

Voilà, Monsieur, la petite anecdote de la vie dont vous faisiez partie. C'était un autre monde, c'était il y a cinq ans. Vous partez dans un autre aujourd'hui et moi, je consolide mon chemin d'artiste. Et oui, moi aussi, j'ai décidé de faire partie des saltimbanques.

Je continuerai de vous rencontrer à travers votre œuvre, vos mots, vos piques et votre jeu.

Je n'ai pas 30 ans mais je vous aime bien ; quand j'ai appris votre départ, ça m'a fait chier. Ils m'agacent, les petits cons, qui parsèment ma génération, de ne pas vouloir entendre "salope" et de rire sournoisement si tu parles anglais comme Maurice Chevalier.

J'aime mon époque, malgré tout. C'est mon monde, c'est ma vie, mais je sais ceux et ce que je vais combattre dans mon art.

Pour atteindre votre rebelle liberté, de...

dire ce que je veux.

PS : Moi non plus, j'aime pas Paulette.

#guybedos #nicolasbedos #humour #ironie




13 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout

Texte : Axelle DROT / Cette œuvre est protégée par les droits d'auteur donc laisse tomber. Roger Roger (hésitant mais insistant) - Anne… Anne, Anne… Oui… Alors… Dis-moi… Anne - Moi. Roger (défiant) -