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  • La Sénonaise

Mes humeurs #5 : J'ai fait parler la cathédrale St-Etienne

Dernière mise à jour : 9 oct. 2020


Texte : Axelle DROT / Cette œuvre est protégée par les droits d'auteur donc laisse tomber.


Ma chère petite,

La nuit enveloppe les flammes qui te rongent, leur lumière d’un vif orangé mange ta dentelle de pierre, de métal, de verre et de bois. Tant de ton corps n’est déjà que fumée, combien de joyaux un espéré miracle a-t-il sauvé en ton sein ?

Ta chair qui brûle est ma chair.

Ce soir, tu n’es plus éclairée par les doux projecteurs à la modernité flatteuse, ce soir, ce sont des flammes archaïques qui t’illuminent, contre-nature. La seule lumière de la passion, de la foi et de l’admiration ne devrait exister dans ton ventre charpenté.

Ta douleur est mienne.

Défigurée, le fantôme de ta silhouette somptueuse hante les petits trotteurs qui, à tes pieds, auraient trébuché plutôt que de te quitter des yeux.

Ma jolie descendante.

Impressionnante bâtisse aux douceurs de pierres finement sculptées. Équilibre majestueux dans l’harmonie de tes proportions. La grande sœur que je suis souris sereinement aux immenses petites dames que vous êtes, inspirées de mes lignes élancées, de ma nef à mes détails les plus infimes.

Aux deux tours symboliques.

Nul ne pourrait ignorer ton architecture, la belle dame aux canons de beauté gothiques.

Mon unique tour témoigne aussi d’une grande douleur. Elle est maintenant ma signature. Tu étais encore petite. C’est le feu, élément étrange qui accompagne sagement nos vœux comme il peut les conjuguer au passé.

Belle jusque dans le mal le plus profond.

Tu renaîtras.

La colère des petits trotteurs, leur ego, leurs croyances mènent à des massacres ; et sont à la fois précisément les raisons de ta naissance.

Maîtres de l’eau concentrés, spectateurs passifs et meurtris, personnes publiques à l’engagement convaincu, il ne fait aucun doute qu’ils te sauveront comme ils m’ont sauvée, il y a de nombreuses années à leur échelle mais seulement hier, à la nôtre.

Rougie par un mal dévorant, rien ne t’a fait céder et tu ne céderas rien.

Ta mémoire qui s’évapore est en chacun de tes bâtisseurs. Celle qui te sera donnée continuera ton histoire.

Tu es le cœur et l’âme.

Ce qui me saisit en ma sensibilité comme un mal de mère. Bel emblème écorché.

Tu sacralises les émotions mystiques, les repères historiques, les envolées littéraires et les mélodies populaires.

Ma fierté de t’avoir donné l’élan de ta beauté résonne ce soir dans le bourdonnement de mes cloches. Je t’envoie chaque heure sonnée comme une consolation. Le temps passe et les petits êtres spirituels façonneront à nouveau le chef-d’œuvre que tu es.

Ta possible disparition est une impasse inconcevable. Le drame t’interdit de mourir. Ô grand privilège des beautés d’exception.

Une flèche élancée et neuve ouvrira un nouveau chapitre de ton éternité.

Ma pierre blanche cousine à la tienne brillera sous les rayons des feux du soleil, en revanche. Mes orgues répéteront l’écho de ta voix, en hommage. Mes vitraux coloreront mes dalles en damier, en symbole.

Ma puissante stature est la tienne et les petits êtres sensibles me feront vivre pour toi.

On m’a élevée vers le ciel et je te regarde avec tendresse.

Ma-Dame, Leur-Dame, Notre-Dame.

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